À dix-huit ans, j’ai quitté ma ville de province sans me retourner.

Jean vivait déjà à Paris. C’est ainsi que j’ai réalisé que j’avais un frère.

« Mon frère, ce beatnik »  est un projet photographique construit à partir d’archives personnelles des années 70-80. Jean est décédé en avril 2023. Alors, ce projet est aussi une manière de lui rendre hommage.

En revisitant ces photographies est né le désir d’immortaliser ce frère dont l’esprit beatnik résonne encore en moi. Jean me semblait incarner pleinement une époque où tout paraissait possible, portée par un profond désir de liberté. Treize années nous séparaient et, à mes yeux, il représentait l’esprit des années 60 : un beatnik insoumis, à l’époque des premières révoltes contre le conformisme bourgeois et la société de consommation.

Cette série s’organise autour de cet artiste solitaire, dont la présence traverse l’ensemble du projet.

Entre documentaire et évocation, il ne s’agit pas tant de raconter une histoire que de faire sentir la persistance d’un lien discret mais durable entre deux frère : l’un présent par l’image, l’autre par le texte, comme une voix en écho.

Jean ne voyageait jamais. Moi, je voulais découvrir le monde.

Je continuais d’admirer sa fidélité à ses convictions, mais je comprenais aussi les limites de cette vie hors du temps : la dureté d’un quotidien isolé, entièrement consacré à des œuvres qui resteraient sans public.

Les années ont passé et les rencontres avec Jean se sont faites plus rares : des moments brefs, fugaces, puis plus rien.

Et puis, un jour, il est parti pour de bon.

Et je n’étais pas là.

Alors, ce projet est aussi une manière de lui rendre hommage. »